Il s’agit de ma première régate sur ce yawl construit au chantier Luke & Co à Hamble proche de Southampton, en 1907 dont je ne connais que son jeune capitaine, Cédric...
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Ma
première régate sur « VERONIQUE »
Au
rythme méditerranéen qui sied aux quais de St Tropez, depuis le début de la
matinée les 12 équipiers cosmopolites de « VERONIQUE », Argentin, Anglais,
Suédois, Uruguayen, Français et même Malouin*, préparent cette vieille dame en
configuration course.
Il s’agit de ma première régate sur ce yawl construit au chantier Luke & Co à Hamble proche de Southampton, en 1907 dont je ne connais que son jeune capitaine, Cédric.
Il s’agit de ma première régate sur ce yawl construit au chantier Luke & Co à Hamble proche de Southampton, en 1907 dont je ne connais que son jeune capitaine, Cédric.
Avec le petit temps qui sévit habituellement en fin de matinée dans la baie de St Tropez, tous les voiliers classiques « tournent » tranquillement en attendant que le vent s’établisse. L’hôtesse, Julie, fait circuler des boissons… Admirer de près tous ces voiliers est spectacle rare.
Peu avant midi, alors qu’un « embryon de semblant de vent » semble s’établir, le Comité de course donne le départ des « gros ». « MOONBEAM III et IV, « TUIGA »,
« CAMBRIA », »ELEONORA », « ELENA », « SUNSHINE » et une dizaine d’autres classiques plus ou moins longs, plus ou moins vieux, prennent le départ ou plutôt tentent de le prendre car leur vitesse, une fois lancés ne dépasse pas deux
nœuds !
La
flotte se dirige tant bien que mal vers la bouée des Issambres, au près en
route directe.
Dans
10 minutes, viendra notre tour. Hans prend la barre. En utilisant un mélange
d’anglais mâtiné de français, le tacticien que je suis le guide afin de se
faufiler dans la flotte de voiliers plus ou moins statiques. Comme j’ai
l’habitude de le pratiquer sur des voiliers modernes, j’ai repéré la ligne,
supputé son coté favorable, mesuré le temps nécessaire pour la franchir à
partir d’un point de repère à terre…


Trois
minutes avant le coup de canon, à 200 m de la ligne nous sommes sur le bon
bord, au près, mais surtout, nous avons réussi à lancer « la bête » à
plus d’un nœud. A l’approche de la ligne
de départ, quand l’équipage s’aperçoit que la plupart de leurs adversaires
habituels : « MARIGOLD », »PARTRIDGE »,
« KARENITA », « PEN DUICK » « OWL » sont
derrière ; « AVEL » et son étrave à guibre, légèrement sous
notre vent. La tension est palpable à bord. Seuls de nombreux petits voiliers
véloces nous précèdent.
Une
dizaine de minutes plus tard, le vent s’établit un peu et nous atteignons deux
nœuds. Hans barre bien et nous réussissons à conserver notre avance. Mieux, il
nous semble que nous « revenons » sur la flotte des voiliers partis
avant nous qui, manifestement, souffrent dans une « molle » devant
Ste Maxime.
Dans
le sud, à 90 ° de la route, j’aperçois une bande de vent nette devant la baie
des Canoubiers. Les « locaux du bord », avec leur accent inimitable,
m’indiquent que « c’est le thermique qui rentre » mais me dissuadent
de virer pour « chercher »la risée en arguant que « le vent va
venir » , « que les autres continuent » et qu’il ne serait pas
possible de « repartir » après un virement. Je les écoute d’une
oreille mais l’idée me taraude. Ce qui m’étonne est le fait qu’aucun des
voiliers, et non des moindres, de la flotte qui nous précède n’ait encore viré.
Toutefois,
il devient évident qu’à un mille devant nous, du coté des Sardinaux, tous les
voiliers sont encalminés. Hans, avec un langage anglo-français comprend mal que
l’on ne suive pas les autres.
Il
est toujours difficile d’avoir raison contre tout le monde aussi je les écoute encore
quelques minutes puis, finalement, en anglais, « I explain to Hans why we
must to tack, now ». Mon ton impérieux le convainc même si cela nous
écarte nettement de la route directe et bafoue le théorème du bord rapprochant.
« Ready to tack » lance Hans ; le capitaine, Cédric, coordonne
les différentes manoeuvres. « On vire », les dés sont jetés.
Ils
avaient raison et je m’en doutais, relancer un yawl aurique d’une vingtaine de
tonnes par 5 noeuds de vent n’est pas chose facile. Mais après plusieurs
minutes, nous retrouvons une vitesse autour de deux nœuds à 110 ° de notre cap
précédent ! Cap sur la « Madrague » dans la baie des Canoubiers…
Nos adversaires, devant Ste Maxime, s’éloignent… Personne ne dit mot mais je
sens une certaine inquiétude parmi les équipiers.
Une
demi-heure s’écoule. Notre vitesse est maintenant de l’ordre de trois nœuds et
sommes maintenant tout proche de la bande bleue, signe de vent. Sur notre
bâbord arrière, la flotte entière est encalminée.
Peu
après, nous « touchons » le vent qui refuse. Une dizaine de nœuds de
sud-est, canalisé par la baie. «VERONIQUE» gite et accélère à plus de 8
noeuds. Dès que j’estime être
suffisamment « rentré dans le refus », nous virons. Sur ce yawl
resté « dans son jus », il n’existe aucun winch, la grand voile,
l’artimon, le foc, le clin foc comme la trinquette sont bordés à l’aide de
palans.
C’est
un plaisir rare de voir la flotte défiler à 1,5 mille sous le vent… et l’on me
dira par la suite que c’était la première fois que «VERONIQUE» se trouvait en
tête d’une régate.
Quelques
milles après, à la bouée des Issambres, le vent est revenu pour tous. Nous
croisons juste derrière« THENDARA » « (38 m) ! Dans les quelques
milles de près qui suivront, « CAMBRIA »
(38 m) , « ELEONORA » ( 42 m) puis « ELENA » ( 42 m), et « MOONBEAM
IV » ( 32 m) nous doublent sous le vent sans coup férir.
A
l’approche de la bouée au vent, le vent mollit. Un généreux boulevard d’environ 50 m nous est offert par « MOONBEAM III »
(31 m) qui venait de nous doubler sous le vent. J’ordonne au barreur, un
peu surpris, de s’infiltrer entre lui et
la bouée et repassons notre adversaire à la bouée alors qu’il prépare l’envoi
de son spi blanc.


Malheureusement,
faute de voiles de portant dignes de ce nom et aussi, à cause de la
« molle » traditionnelle qui règne devant la tour du Portalet, le bord de vent arrière vers St Tropez est nettement
moins glorieux. Consolation, de mémoire de l’ »ancien » du bord,
Pierre, jamais
« VERONIQUE », n’avait réalisé
une aussi belle régate.
Il
est 17 h, il faut affaler, plier les voiles, prendre sa place dans la meute qui
s’engouffre au ralenti dans l’entonnoir que constitue les jetées. Des Rivas, des
« cigarettes » se faufilent, les « Vedettes Vertes » de Ste
Maxime essaient de sortir du port; comme à Paris dans les embouteillages,
certains voiliers « font l’intérieur ».
Puis,
longueur après longueur, les voiliers progressent, attrapent la bouée
d’amarrage tout en faisant un demi-tour, arrière à quai devant des centaines, voire
des milliers de spectateurs massés sur
les quais et la jetée. Les bombes à eau fusent entre voiliers, les équipages
s’invectivent, on entend un orchestre
sur le quai, des équipages sont costumés…
Dès
la coupée mise en place, le propriétaire et son épouse saluent l’équipage et ses
invités quittent le bateau, rapidement. Puis, comme tous les équipages du
monde, nous pouvons enfin savourer ce pourquoi nous avons trimé toute la
journée sous le soleil : boire une bière fraiche !
Daniel Bonnefoy

















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